
Quand je dis meilleur qu'au restaurant, je ne m’adresse pas aux parisiens qui ont la chance de pouvoir
aller manger des Dim Sum avenue de Choisy mais à la considérable masse de tous
les misérables autres, qui vivons dans de petites villes de province et devons
trop souvent nous taper sous le nom de « restaurants chinois », des gargotes hybrides sino-vietnamo-cambodgiennes
servant en tout et pour tout des nems, des beignets de crevettes parfois
achetés surgelés à Paris Store, du poulet au … curry, du porc au caramel et des
litchis en boite. Et bien évidemment, L’INCONTOURNABLE fameux riz cantonais souvent
constitué de riz blanc saupoudré de petits pois de la taille d’une noisette, de
cubes d’épaule de jambon premier prix et de lanières d’omelette blanchâtre et sans
goût.
Pendant ce temps, la plupart
des cantonais mangent du riz… blanc. Cuit à la vapeur, souvent sans même un
gramme de sel, donc d’une parfaite neutralité qui s’accorde à merveille avec les
poissons, viandes, plats en sauce et légumes, et leur permet d’exhaler leur
saveur. Là-bas, servir à table du riz frit en accompagnement des plats comme
on le fait ici, est à peu près aussi incongru que, pour nous, saucer une
blanquette de veau avec un pain au raisin, ou tartiner du foie gras sur une
fougasse aux lardons. Ses origines fort modestes en font également le grand
absent des banquets traditionnels. Je ne l’ai réellement vu que comme plat vendu à
emporter dans la rue ou dans des restaurants sur le pouce, pour des déjeuners
rapides ou des en-cas à toute heure, voire dans les buffets d’hôtels, en
particulier au petit déjeuner (Auquel les autochtones lui préféraient souvent le
congee, bouillie de riz accompagnée de viande ou de poisson).
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| Congee |
Comme pour la plupart des
plats millénaires (on attribue sa création sous la dynastie Sui, entre 589 et
618 av J.C) , sa provenance est incertaine et disputée, mais serait de la région
de Yangzhou, dans le sud, dont la recette basique (morceaux
de porc rôti, crevettes, ciboule) reste le standard à partir duquel toutes les
variations sont possibles. Il ne vient donc pas des cuisines du restaurant de l’empereur, mais, évidemment, des fourneaux de la modestie paysanne, souvent maîtresse
en la matière d’accommoder les frugaux restes et de rendre festif le
sempiternel menu quotidien des travailleurs épuisés : riz, légumes et soupçon
de viande les jours de fête. Evidemment, comme pour la plupart des plats familiaux et millénaires,
vous trouverez toujours quelqu’un pour contester la recette, en parfait puriste
d’un truc qu’au fond personne ne connait vraiment : on sait bien par exemple le nombre de
querelles familiales que peut causer en Espagne la recette de la tortilla de
patata (1).
Le secret d’un riz frit
traditionnel résiderait en 3 points :
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Du riz cuit au moins la veille, voire l’avant-veille.
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Des ingrédients cuits séparément, pour
préserver leur saveur individuelle, et réunis dans le wok juste avant de
servir.
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Pas de sauce. (Ça c’est la recette originale,
mais des tas de versions de riz frit utilisant de la sauce soja ou de la sauce
d’huitre existent, à vous de voir. J’ai testé les deux, et ma foi, c’est vrai,
si les ingrédients sont bons et bien cuits, je préfère sans sauce).
J’ai donc respecté dans ma
recette ces 3 points. Ensuite je laisse libre cours à l’improvisation en
fonction des ingrédients disponibles dans le frigo à ce moment-là, ce n’est
peut-être pas la recette telle qu’on la voit partout mais au moins c’est dans l’esprit
du plat d’origine …. Et comme je le sers en plat complet, j'apprécie qu'il soit bien "garni", si vous préférez un plat plus classique où le riz prédomine largement et le reste n'est qu'accessoire, augmentez la quantité de riz (ou réduisez les autres). J’ai utilisé des saucisses Lap Cheong (saucisses chinoises
fumées) qui sont bien plus goûteuses et parfumées que … du jambon blanc (qui de
plus me semble être un improbable reste dans une cuisine paysanne de la de la
dynastie Sui), et ai mis des germes de soja (habituellement je n’en utilise pas
mais j’en avais qui traînaient au réfrigérateur et dont je ne savais trop que
faire). Vous pouvez également utiliser des carottes et des restes de poulet ou de
porc. Le tout est de cuire les ingrédients à feu très vif,
les uns après les autres.
