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jeudi 11 août 2016

Picadillo a la Habanera (Cuba)


Cette recette est un paradoxe. Composé d’ingrédients du placard chez nous, le picadillo de viande de bœuf est issu d’un pays dans lequel tuer une vache, est un crime passible de 10 ans de taule. Un cas probablement unique dans la jurisprudence intergalactique.
Titre V - Chapitre XVI du code pénal cubain - Sacrifice de gros bétail et vente de viande - Article 240.1 : Le sacrifice de gros bétail sans autorisation préalable des autorités étatiques pertinentes est passible de 4 à 10 ans d’emprisonnement.
Le transport et l’achat de viande de bœuf illégalement tué sont, à l’identique, passibles de sanctions pénales. Et même une amende pour celui qui achève une vache à l’agonie victime d’un accident quelconque. Sachez donc, si un jour vous vous réincarnez en bovidé, qu’il y aura pour vous deux paradis sur terre : l’Inde et Cuba.

Alors évidemment, même si tuer un bœuf est interdit dans l’île depuis 1962, date à laquelle Fidel a décrété que la vache cubaine n’était plus un aliment mais un outil de production, aucun cubain lambda n’a plus vraiment cuisiné de picadillo a la habanera depuis 1990 et les années terribles de  casi-famine du periodo especial (la chute du mur et donc la fin des subventions de l’URSS vers son satellite tropical).
Pour pouvoir manger du bœuf de nos jours, il faut être touriste séjournant dans un hôtel, parvenu pouvant se permettre le luxe de manger dans un paladar, proche du pouvoir, ou privilégié vivant des remesas (virements mensuels) des 3 millions de cubains expatriés de façon plus ou moins légale à l’étranger (source de revenus globale de 3 milliards de dollars par an). Evidemment on trouve un peu de bœuf importé dans les supermarchés en CUC (la monnaie des touristes) de Miramar, à un prix équivalent à un mois de salaire moyen cubain au kilo. Au marché noir aussi, sorti directement des hôtels par la porte de derrière comme au moins 25% de leurs approvisionnements (la plus grosse démarque inconnue au monde) pour des montants un peu moindres, mais toujours inabordables pour un ouvrier cubain payé 20 dollars par mois et dont le panier alimentaire provient en grande partie de la libreta (livret de rationnement) totalement exempt de viande de bœuf.

Alors voici donc une des recettes cubaines les plus connues, à base de bœuf, l’or rouge dont les cubains n’ont plus vu la couleur depuis 25 ans.

Mais ils n’en sont plus à un paradoxe près.